Processus et iconographie par Sylvie Coëllier


Raffini interroge les relations entre l’atelier, l’exposition au spectateur et la peinture. (…)
Il opère une « dissociation » des gestes picturaux. Il produit d’une part des tableaux à l’iconographie figurant sa relation affectée au monde, et d’autre part il prend en compte l’impensé de la peinture, son histoire accumulée par ce qui choit des gestes retransmis et appris jusqu�����à être instinctifs : ses processus. Ceux-ci sont tantôt délivrés dans les vidéos, tantôt compréhensibles par le mode d’exposition.

La série Capharnaüm / Opusmemori donne une bonne idée de la démarche. Une grande et fine toile, très absorbante, est posée au sol, sur des tôles qui s’étendent sur les 12 m² dévolus à l’espace de travail. Ce drap est la surface de réception d’une première gestuelle ; il est à la fois « arène », pour le dire comme Harold Rosenberg, et suggestion d’images à la façon dont les taches et les lézardes des vieux murs nourrissaient l’invention de Léonard de Vinci. Car les jus très liquides transpirent sur les tôles, se mêlent aux pas et aux marques des chiffons sur lesquels ont été essuyés les pinceaux. La séance de travail sur ce « lieu de déjection », ce mur horizontal, Raffini la nomme « giornata » (car il faut une journée de séchage avant reprise). La peinture ainsi reliée à la fresque en appelle à sa tradition séculaire et monumentale. Ce premier fond sert ensuite à la composition d’un tableau réalisé à la verticale du mur. Les t��les quant à elles, demeurant pendant une année au sol, se transforment en une peinture abstraite (de bataille) que dessinent le temps et l’accumulation de ce qui choit.
Les couches successives deviennent peu à peu une mince boue des couleurs affectées à la peinture verticale, luisant des frottements et du piétinement sur le support de métal qui s’use et se désagrège. C’est ce travail qui est nommé Opusmemori.

Conjointement, au mur, se poursuivent les tableaux initiés sur les draps : les Capharnaüms. Lorsque ces derniers sont terminés, « essorés par l’expérience », Raffini les expose sur des mâts métalliques tors qui s’érigent dans l’espace. Les draps se présentent alors comme des oriflammes, tantôt en lambeaux qui s’����������chevèlent et s’entortillent dans leur retombée, tantôt comme des drapeaux plus unitaires.

Une autre pratique de Raffini se constitue de tableaux sur toile libre qui intègrent les images provenant de l’iconographie des médias fusionnée à une autre source d’images, plus intemporelle, celle de l’histoire de l’art. Cette condensation onirique vient ainsi en contrechamp de la peinture processuelle réalisée au sol. De part et d’autre, par l’iconographie ou par l’usure, dominent une idée de destruction, de fin d’un temps, un deuil. Pourtant ce deuil même, qui peut se lire comme celui de la peinture, génère encore de la peinture.